samedi 7 novembre 2009

Le respect


Mise en situation ici.

J'ai une amie que je ne nommerai pas, qui se plaignait à moi qu'elle ne se sentait pas respectée, parce qu'elle désire fortement (c'est un euphémisme; elle aurait le choix entre un lingot d'or et le vaccin et elle prendrait le vaccin) se faire vacciner contre la grippe.

*Scusez, faut que je reprenne mon souffle, c'était une très longue phrase à écrire*

Elle a très peur de la grippe. Et entre vous et moi, en tant qu'infirmière en contact à tous les jours avec ce damné virus, je trouve ça compréhensible. Comprenez-moi là. Je ne dis pas de partir en mode panique. Je dis juste que c'est correct d'avoir peur et normal.

Moi, je n'ai pas peur. C'est comme ça, les bobos, la maladie et tout ce qui vient avec ne me rendent pas anxieuse. Mais d'autres gens en sont terrifiés. Et quand je dis terrifiés, c'est épouvantés.

Ce qu'il faut comprendre de tout ça, c'est que chaque personne a ses peurs. Des individus ont peur des araignées. D'autres ont peur des serpents et des couleuvres. Certains ont la peur de mourir, d'autres non.

La peur est irrationnelle. Ce n'est pas pour rien qu'on donne un calmant avant une intervention médicale. Elle se vit et faut pas chercher à comprendre. C'est comme ça.

Alors quand j'ai une amie qui a peur de la grippe, mon but est de l'informer sur le dit virus pour qu'elle puisse baisser l'anxiété reliée à cette peur. Car elle est réelle cette terreur de la maladie. Elle a besoin d'être réconfortée aussi et rassurée.

Et quand je l'entends me confier que certaines personnes la jugent parce qu'elle veut le vaccin, ça me fout en rogne.

Que certains pensent que c'est un complot des gouvernements, du Nouvel Ordre Mondial, des compagnies pharmaceutiques, name it, le pensent. C'est leur choix. Je ne suis aucunement d'accord mais je le respecte. Je trouve cela dommage car je me dis que ces personnes aident la pandémie à se répandre mais bon. Ce sont leur décision et je la respecte.

Mais quand j'entends dire qu'on se fout de la gueule de quelqu'un parce qu'elle a peur de la grippe et veut le vaccin, ça devient de plus en plus dur pour moi de respecter ces gens. J'ai rien que le goût de les amener dans mes soins intensifs ou à l'urgence et leur montrer la réalité de la chose.

Et de leur dire de se fermer la gueule.

vendredi 6 novembre 2009

La phrase qui tue


Boss de moi: "Si tout va bien, la pandémie va aller en diminuant vers la fin décembre"

Moi: "Oui, sauf si le virus mute"

J'ai le don de me faire des ennemis moua :D

Hansel et Gretel et le rassemblement de la troupe anti-embolique



Patiente Hasheunainnun avait besoin de bas anti-emboliques parce qu'elle est intubée. On les met aux patients qui sont immobilisés afin d'éviter des formations de caillots sanguins qui vont aller jusque dans les poumons et compliquer un état de santé déjà précaire. Ce sont des bas blancs laittes et bien serrés qui montent jusqu'aux cuisses avec des cuissardes connectées à une pompe qui les fait gonfler de façon séquentielle.

Bref, je devais réunir cet attirail pour ma patiente et j'en ai presque perdu patience dans le processus.

Je demande à Collègue Fan #1 si je dois appeller le coordonateur pour me procurer les maudits bas à marde.

Elle me répond tout bonnement:

- "Nenon, tu peux aller les chercher dans le 150 en face, tu entres là, ensuite tu tournes à droite et un peu plus loin tu tournes encore à droite et là à ta gauche tu prends une des clés (la rouge là) et tu débarres l'armoire devant toi à ta droite pis finalement tu prends les bas..."

- "(...)" (avec de grands yeux comme des soucoupes volantes et un point d'interrogation dans le front muni de légère confusion) fut ma réponse.

- "Ben quoi! T'as juste à semer du pain comme Hansel et Gretel! Ah laisse faire, je vais y aller avec toi pour te montrer où!" me lance Collègue Fan #1.

Plus tard, nous allons dans ledit labyrinthe, en possession de nos miettes de pain qu'on a scrupuleusement semées partout pour retrouver notre chemin. Arrivées à destination, Collègue Fan #1 me demande:

- "As-tu ta grandeur de bas?"

- "Heu... non" dis-je d'un ton consterné en rougissant un peu.

- "Ben là faut que tu retournes chercher la bonne grandeur là!"

Et moi de retourner sur le département toute penaude.

Finalement, après un autre aller-retour, je reviens fièrement avec mes bas et le sourire aux lèvres. Collègue Petite-Souris de me demander:

- "Maintenant il te faut ta pompe et tes jambières. Tu les as pas apporté?"

- "Y'en avait paaaaaaaaas je te le jure!" m'exclamai-je.

- "Alors faut les demander au coordonateur" fut sa réponse.

Ce que je fis dans la seconde près.

Après une demi-heure d'attente, Coordonateur arrive avec mes jambières et les tubulures et me dit:

- "Faut aller chercher la pompe à la salle d'op."

- "Ben voyons! C'est ben compliqué tout ça!" dis-je en soupirant (ou en chialant, tout dépend du point de vue).

Finalement, Préposée-Méga-Efficace va chercher la dite (ou maudite) pompe.

Après une bonne heure de gossage et de trouvage et de cherchage, Patiente-Hasheunnainun a finalement eu ses bas anti-emboliques. Préposée-Hyper-Efficace et moi en avons profité pour faire une course. La première qui monte le bas en haut de la jambe.

J'ai gagné après m'être envoyé trois-quatre coups de genou de la patiente dans le front...

jeudi 5 novembre 2009

Changeons de sujet


Je suis un peu tannée d'entendre parler de grippe. Faut pas oublier que moi, je la vois live tous les jours. On a des cas sur le département, des zones délimitées sont faites à l'urgence (on parle de zone chaude, tiède et froide) et j'ai les traces des masques à bec de canard d'étampé dans la face de façon permanente.

Pis quand j'arrive chez moi... je me fais poser des question sur la grippe. Je comprends, les gens sont inquiets. Mais bon, là je veux changer de sujet.

En ce moment, je regarde les Canadiens qui vont perdre en prolongation contre Boston. Ouin. Pas ben ben mieux que la grippe Hasheunninnun.

Mes chats sont vulnérables à la grippe il parait. Ah ben gadonc.

Coup donc, ma vie tourne autour des virus moi là? J'ai rien d'autre à raconter? Zzzzzzzzz je m'emmerde moi-même...

Ah ben finalement ils ont gagné!!!!!!! (Les Canadiens là).

Me suis acheté des draps avec des moutons dessus. C'est sûr que je vais dormir comme un bébé avec ça. Bonne nuit là!

Menace du jour


"J'vais t'éternuer dans faaaaaaace!!!!!"

mercredi 4 novembre 2009

J'aime ça être négative...


... surtout quand je fais référence au résultat de mon test de tuberculose!

*Danse de joie dans mon salon*

Quand on est chanceuse...




...on admet une patiente qui est en delirium tremens (ou sevrage d'alcool pour les non-initiés), avec la grippe H1NNN1, un sepsis urinaire et une pneumonie d'aspiration.

Heureusement qu'hier elle était déjà intubée quand je suis rentrée travailler...

Grâce au Propofol, elle était sage comme une image. De toute façon, elle était très malade alors elle n'aurait pas eu la force de faire quoi que ce soit.

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Je parle souvent des sevrages d'alcool et des fois je peux avoir l'air insensible dans mes propos.

Faut comprendre que c'est très difficile à soigner. Pour plusieurs raisons.

D'abord et avant tout pour le patient. Faut réaliser que lui (ou elle), quand il boit sa caisse de 12, il ne réalise pas le mal qu'il se fait et ne sait pas qu'il va tomber en sevrage dès qu'il va arrêter de boire. Et quand le sevrage débute, il devient dans un état très difficile à gérer, pour lui et pour l'infirmière qui le soigne.

Ça me brise le coeur de les voir comme ça alors je dois m'endurcir afin d'avoir le détachement nécessaire pour les soigner convenablement.

Faut dire qu'à mes débuts, je m'obstinais de façon très intense avec eux en ne réalisant pas que ça ne donne rien. Je dépensais beaucoup d'énergie et perdait patience de façon inévitable.

Y'a aussi les médicaments qu'on leur donne maintenant, qui sont beaucoup plus efficaces. Une belle perfusion de Propofol et hop! le tour est joué. Leur détresse ne devient qu'un mauvais cauchemar (pour lui et pour nous, pauvres petites infirmières qui font pitié).

Ne vous inquiétez pas, ils ne se ramasseront pas comme notre ami Michael dans l'autre monde, ils sont sous moniteur cardiaque et les signes vitaux sont vérifiés de façon rapprochés.

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Quand je porte ma jaquette jaune d'isolement, mon masque "bec de canard" (ou N-95 pour les savants) et mes gants, je ressemble à un Big bird. C'est vraiment chou. Le comble c'est quand je me mets à danser comme un canard.



Alors voilà. C'est tout pour aujourd'hui à l'hôpital en folie. De retour très bientôt avec d'autres anecdotes savoureuses et passionnantes.